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Investigations · @Investigation
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dans cette anarchie ambiante qui est devenue la Russie post-soviétique, va privatiser la politique intérieure et étrangère du Kremlin. Boris Berezovski devient le symbole de ces oligarques,
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Poutine domine la Russie. Tout ce qui est en Russie est de Poutine. Ils ont cru que Vladimir Poutine allait être une marionnette qu'ils allaient pouvoir manipuler à leur gré. L'administration de l'exécution de l'ordre était corrompue. Le matin, le matin, il ne se passe pas. Je suis un peu en train de me faire enlever.
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Poutine domine la Russie. Tout ce qui est en Russie est de Poutine. Ils ont cru que Vladimir Poutine allait être une marionnette qu'ils allaient pouvoir manipuler à leur gré. L'administration de l'exécution de l'ordre était corrompue. Le matin, le matin, il ne se passe pas. Je suis un peu en train de me faire enlever. La plupart de ceux qui l'avaient sous-estimé se sont rendus compte qu'ils s'étaient trompés. Ils s'appuient, ils les mochent, au final.
C'est tout, le question est fermée. Ce petit caïd des rues adore provoquer les autres. Il était un médecin, disons. Dans son dossier au KGB, il y a écrit « un risque dénié » . C'est-à-dire que l'homme ne sentait pas de danger. Il veut, dès le début, être un James Bondrush. Un seul homme qui peut gagner contre le monde entier. C'est pas du tout un dictateur classique, c'est autre chose. Boire, je ne sais pas. Peut-être, nous suivons.
Bonsoir. Comment a-t-il réussi ce pari un peu fou ? Replacer la Russie au cœur des enjeux de la planète, la rendre à nouveau incontournable, la rendre à nouveau imprévisible. En un peu plus de 15 ans, Vladimir Poutine s'est imposé à l'intérieur de son pays comme à l'extérieur de ses frontières. À la fois craint, détesté, mais aussi adulé, icône d'un pays qui ne supportait plus ce sentiment d'avoir perdu sa puissance et sa fierté.
Une réussite, mais à quel prix ? Quel régime a-t-il mis en place ? Qui est-il vraiment ? Quel homme se cache derrière ce regard insondable ? Enfin surtout, quel monde souhaite dessiner le maître du Kremlin ? Mais d'abord, nous allons répondre à cette question qui intrigue. Comment cet ancien petit fonctionnaire du KGB s'est érigé en successeur des tsars ? Il faut d'abord remonter le fil du temps. En 1999, dix ans après la chute de l'Union soviétique, le pays est en pleine déliquescence, l'économie est en crise.
Et le président Yeltsin n'est plus en état de diriger. À l'approche des élections, une question hante le Kremlin qui pourrait bien lui succéder. « Aujourd'hui, le président Yeltsin a fait un conflit au Kremlin. Le résultat de son santé est de manière très faible. Il a fait un conflit avec le Kremlin. À l'été 1999, le président Yeltsin, malade et alcoolique, ne gouverne plus vraiment. L'essentiel du pouvoir est entre les mains d'un groupe d'hommes d'affaires, à la réputation sulfureuse.
On les appelle les oligarques. El-Sin ne contrôle plus grand chose, et autour de lui, un clan va se mettre en place pour continuer à gérer les affaires politiques du pays, mais aussi toute l'économie du pays. Ils sont une trentaine, une quarantaine, qui ont vraiment accaparé le pétrole et les richesses minérales du pays. Les oligarques sont inquiets pour l'avenir de leurs affaires. Les élections présidentielles ont lieu dans six mois.
Il leur faut d'urgence trouver un successeur à Yeltsin pour continuer à défendre leurs intérêts, et cela avant que l'opposition ne s'empare du Kremlin. Ils cherchaient quelqu'un de plus jeune, qui n'était pas mêlé à de sales affaires, qui n'était pas relié aux oligarques. Boris Berezovsky, le plus influent des oligarques, pense avoir trouvé le candidat idéal. Un fonctionnaire, loyal et sans ambition, qui fera ce qu'on lui dit de faire.
Et comme il n'y a pas de temps à perdre, Berezovsky quitte Moscou et part le chef. Cherchez sur son lieu de vacances dans le sud-ouest de la France. L'homme que vient voir Boris Berezovsky est inconnu du grand public. C'est le directeur du FSB. les services de renseignement russes. Il séjourne avec sa femme et ses deux filles dans une petite résidence sur le front de mer. Ils étaient installés très simplement. Ils ne vivaient pas dans un château, ni même dans une maison.
C'était juste une banale résidence de vacances. Cet homme s'appelle Vladimir Poutine. Et il ne s'attend pas à l'incroyable proposition qu'est venue lui faire le milliardaire. Devenir tout simplement le prochain président de la Russie. Poutine était un gars du KGB assez faible, assez insignifiant. En fait, ils ont cru que Vladimir Poutine allait être une marionnette qu'ils allaient pouvoir manipuler à leur gré. Berezovsky expose son plan et Poutine ne revient pas. À 46 ans, il est toujours resté dans l'ombre et n'a jamais eu de telles ambitions.
Ils en ont discuté et Poutine a dit qu'il n'était pas sûr de pouvoir y arriver. Il a demandé si eux étaient bien sûrs de leur choix, de sa capacité à être le président. Berezovski lui a dit tu as l'esprit d'équipe, on le sait. On compte sur toi et tu ne peux pas nous laisser tomber. Poutine accepte la proposition. Berezovski peut rentrer à Moscou pour préparer la suite. Une des qualités principales de Poutine, c'est qu'il est facile à convaincre.
Il n'impose pas sa volonté. Il s'adapte aux conditions extérieures et à ce qui se passe. Trois semaines plus tard, le plan de succession se met en place. Vladimir Poutine est de retour à Moscou et à la surprise générale, le président Yeltsin vient de dissoudre le gouvernement et de nommer un nouveau Premier ministre. C'est la première étape du plan. Dans la tradition politique du pays, le Premier ministre devient le candidat naturel du pouvoir si le président ne se représente pas.
Quand il surgit, il est quand même très inconnu d'à peu près tout le monde. Donc il y a beaucoup d'interrogations sur ce Poutine. Et à vrai dire, au début, quand il est Premier ministre, personne n'est tout à fait sûr que cette fois-ci, Yeltsin a trouvé le bon successeur. Tout le monde est surpris par cette nomination, à commencer par les journalistes. Svetlana Sorokina est la première à rencontrer le nouveau chef du gouvernement.
Elle l'a déjà croisée lorsqu'il dirigeait les services secrets. Il m'avait dit qu'il n'était qu'un fonctionnaire et qu'il n'avait aucune intention de se consacrer à une quelconque activité politique. Il m'avait semblé dénué d'intérêt à tout point de vue. Cette nomination était vraiment une surprise et bien sûr, tout le monde se cassait la tête à tenter de comprendre pourquoi. Pourquoi ? Vladimir Poutine ne donne aucune explication.
C'est la volonté du président, dit-il, et il n'a pas. pas à la remettre en question. On avait envie de croire à son étonnement apparent. Lui, simple Le fonctionnaire se contentait de travailler et ce n'était que pour continuer dans cette voie qu'il était nommé à ce poste. Un nouveau premier ministre qui suscite beaucoup d'interrogations, mais qui va très vite montrer tout son potentiel. Un mois après sa nomination, cinq bombes explosent dans plusieurs villes du pays.
Le bilan est extrêmement lourd, près de 300 morts. Sans attendre, Vladimir Poutine attribue ses attentats aux séparatistes tchétchènes. Un peuple du Caucase, majoritairement musulman, qui s'oppose depuis des siècles au centralisme de Moscou. Le Premier ministre leur promet de terribles représailles. Nous irons les buter jusque dans les toilettes. La phrase choque les Occidentaux, mais pas les Russes. C'est violent, mais Poutine a dit ça exprès. Ça plaît aux Russes parce qu'une fois, après des années d'hélicisme, on voit quelqu'un qui est... qui peut faire les choses mais de façon décisive, qui dit voilà on va aller jusqu'au bout, on va les éliminer.
La fermeté du nouveau Premier ministre lui fait marquer des points. Pourtant un doute subsiste. Les attentats n'ont pas été revendiqués et rien ne prouve qu'il s'agisse de Tchétchène au contraire. L'une des attaques a été déjouée. Dans la ville de Riazan, des habitants ont signalé des suspects déchargeant des sacs d'une voiture. La police a retrouvé ses sacs remplis d'explosifs dans la cave d'un immeuble. Le problème, c'est que la voiture repérée par les habitants appartenait au FSB, les services secrets russes.
Les attentats de 99, il y a beaucoup de questions qui sont posées jusqu'à l'heure actuelle parce que ça tombait en bon moment. Il y a des enquêtes qui ont été menées dans le sens que c'est... Les attentats bizarres, que c'était une manipulation de services secrets. Pour ce qui s'est passé à Riazan, comme pour d'autres attentats, ils ont été probablement provoqués par le FSB. Le FSB voulait jouer un rôle dans l'élection de Poutine, en faisant planer une menace et en prétendant que Poutine allait résoudre le problème.
Mais l'affaire est vite étouffée, car deux semaines plus tard, l'offensive en Tchétchénie est lancée. Vladimir Poutine rend visite aux soldats et grimpe dans les sondages. Au même moment à Moscou, les meilleurs communicants du pays construisent son image de futur président. L'essentiel de la stratégie était de montrer un homme qui pourra défendre les Russes face au terrorisme. Un homme qui gagnera la guerre, car il en a les capacités.
Si à sa place, on avait eu un intellectuel, un grand économiste, cela n'aurait pas du tout fonctionné. Les gens attendaient celui qui les défendrait et lui s'est positionné comme un défenseur. Autre image mise en avant, la forme physique du Premier ministre. Poutine est très sportif, il pratique le judo depuis son enfance. Rien à voir avec l'image désastreuse du président Yeltsin. On montrait aux gens ce qu'ils attendaient depuis longtemps, un homme très actif.
Il voyageait beaucoup, faisait beaucoup d'annonces, tantôt dans une région, tantôt dans une autre. C'était l'opposition entre le vieux et le jeune, le fort et le faible. Une stratégie très simple, il suffisait de montrer un jeune politicien énergique. Le plan fonctionne parfaitement. En à peine trois mois, Vladimir Poutine atteint 35% d'intention de vote. Le président Yeltsin peut lui laisser la main. Le jour du passage à l'an 2000, le Premier ministre est convoqué au Kremlin.
Boris Yeltsin vient d'annoncer sa démission. Et c'est le Premier ministre qui le remplace en attendant les élections. Vladimir Poutine devient président par intérim et son premier acte officiel est d'offrir une immunité totale à Boris Yeltsin et toutes ses familles. L'amnistie fait partie du plan. Quand on dit à Poutine qu'il va être président par intérim, ça n'est pas gratuit. Il faut essayer de refermer les dossiers au préalable et de nettoyer ce qui peut l'être.
Et donc, il fallait écarter en douceur Helsin. lui épargner les foudres de la justice et le laisser dans sa retraite jusqu'à sa mort. Voilà donc Poutine parachuté président par intérim de la Russie. Trois mois auparavant, il n'était qu'un illustre inconnu. Bonjour, bonjour. La système est comme ça. Si vous le permettez, nous allons vous commander. Oui, vous pouvez. Vous pouvez venir ? Oui, vous pouvez. Un matériel de la FBS, mais nous ne le ferons pas.
Voilà. Tout le monde sent bien qu'il n'est pas encore très sûr de lui. Alors les journalistes se permettent encore quelques familiarités. Dans la chronique que nous avons cherchée, disons, à Leningrad, vous avez un désordre de création sur votre tête, et maintenant, c'est un hair to hair. Il n'y a que peu de hair, c'est pourquoi c'est facile de les distribuer. Allons-y. Le nouvel arrivant fait encore profil bas. Il se contente de jouer la partition écrite pour lui.
Vladimir Poutine sait qu'il n'est pas encore véritablement président. Il doit encore remporter l'élection, qui aura lieu dans trois mois. Poutine a surgi de nulle part et il reste peu de temps pour en faire un président. Mais il a un atout, c'est un enfant du peuple, un pur produit de l'Union soviétique. Et c'est ce que son équipe de campagne va rapidement mettre en avant, une histoire personnelle qui s'imbrique dans celle de la Russie, un conte populaire qui devrait plaire au peuple russe.
Cette fois, la campagne présidentielle est lancée. Ce jour-là, Vladimir Poutine se rend à Saint-Pétersbourg, la ville de son enfance. Il va rendre visite à son ancienne maîtresse d'école, Vera Gourevitch. Les caméras sont sur place, à l'intérieur, comme à l'extérieur, pour filmer ses retrouvailles. Vera Gurevich n'est en aucun cas impressionnée. En aparté, elle se permet de lui faire une réflexion sur sa déclaration de guerre au Tchétchène.
Je lui ai dit c'est une expression qui vient des prisons. Tu n'as pas le droit de parler comme ça. Tu es le chef d'un grand pays. La langue russe est très riche. Il ne faut pas parler comme ça. Tu vas perdre en crédibilité si tu continues. Au sujet de sa démarche aussi, il m'a demandé si c'était vrai qu'il marchait comme un pingouin. Je lui ai répondu, mais c'est même pire, tu marches comme un voyou. Regarde comment marchent les autres présidents, regarde leur démarche.
Mets-toi devant une glace chez toi et apprends. « Ça va me déchirer. » « Non, non, non. » « Je te garde comme ça, mais je me souviens. » « Bonne chance. » « C'est l'heure de gagner. » Même si tout cela n'est qu'une mise en scène, Vladimir Poutine ne prend pas à la légère les commentaires de Vera. Car c'est elle qui l'a remis dans le droit chemin, lorsqu'il n'était qu'un petit voyou dans les rues de Saint-Pétersbourg.
A l'époque, la ville s'appelait encore Leningrad. Nous sommes dans les années 60. L'ancienne capitale impériale de la Russie est une cité industrielle grise et polluée. Le jeune Vladimir Poutine vit avec ses parents dans un immeuble délabré du centre-ville. Il est fils unique, mais son ami Victor traîne souvent chez lui après l'école. Ils habitaient au dernier étage de l'immeuble. Les marches des escaliers étaient défoncées.
Parfois même, il en manquait. À droite, il y avait un canapé sur lequel dormait Vladimir. À côté, un petit bureau où il faisait ses devoirs. Et derrière, un paravent, le lit des parents. Ils vivaient et dormaient tous dans la même pièce. Comme la plupart des habitants de Leningrad, les Poutines partagent un appartement communautaire avec d'autres familles. Ils n'ont qu'une pièce à leur disposition. Souvent le soir, alors que nous faisions nos devoirs ensemble, son père rentrait du travail.
Pour se laver, il allait remplir un seau d'eau qu'il faisait chauffer. Vétéran de guerre... Et ouvrier, son père est responsable du parti communiste de son usine. C'est un homme respecté, un modèle pour Vladimir. Il adorait son père, il en était fier. Son père était un communiste exemplaire. Il était très dur et autoritaire. Et pas qu'au travail. Il était comme ça dans sa famille aussi, mais il était juste. Sa mère est manutentionnaire, elle a la santé fragile, elle a vécu la guerre et ne s'en est jamais remise.
Quinze ans plus tôt, l'armée allemande envahissait Leningrad. Ce fut l'une des batailles les plus meurtrières de l'histoire. Deux millions de personnes, civiles et militaires, y trouvont la mort. Ça a été une horreur, ce siège de Leningrad. Ça s'est terminé par du cannibalisme, parce qu'on ne pouvait pas enterrer les morts, les gens n'avaient pas de quoi se nourrir. Ça a été une des épreuves les plus grandes que la Russie ait connue dans son histoire.
Nos parents avaient le même âge. Nos mères ont vécu le blocus ensemble. Elles vivaient ici, et nos pères, pendant ce temps, étaient au front. Son père va être grièvement blessé dans la bataille. Il boitera ensuite le reste de sa vie, sa mère. va, à force de privation, va être laissée pour morte, abandonnée sur un tas de cadavres, elle sera sauvée finalement, mais toute cette saga familiale va profondément influencer le jeune Vladimir Poutine.
Vladimir est né après la guerre, mais il grandit dans le souvenir de ses terribles années. La bibliothèque de l'appartement communautaire est remplie de livres sur la bataille de Leningrad. Il a été élevé, comme tous les enfants de Leningrad, dans le souvenir de ce siège. On ne pouvait pas se promener à Leningrad dans les années de l'enfance de Poutine sans voir des éclopés, des gens qui n'avaient qu'une jambe, des gens abîmés à vie.
Il va voir dans cette bataille de Leningrad la quintessence du patriotisme, non pas soviétique, mais du patriotisme russe. Les parents Poutine ont perdu leurs deux premiers fils en bas âge. Alors ils misent tous leurs espoirs sur Vladimir. Il était le petit dernier et le seul restant. Il était tout pour eux. Ils l'ont attendu et espéré longtemps, cet enfant. Lorsqu'il est né, c'était un cadeau du ciel. Ses parents lui accordaient une grande attention.
Ils le considéraient comme un adulte. Ils lui avaient réservé chez eux l'endroit le plus confortable pour qu'il puisse faire ses devoirs. Mais le jeune Poutine... montre peu d'intérêt pour l'école. Il préfère traîner dehors. Ses parents rentrent tard du travail, alors il est souvent seul. Il passe le plus clair de son temps dans la cour de son immeuble avec les ados du quartier. Dès l'âge de 8 ans, il commence à avoir de mauvaises fréquentations.
Dans le fond de sa cour, Il y avait des hangars abandonnés. Les gosses y fumaient et il y avait des gars plus âgés. À l'époque, beaucoup étaient livrés à eux-mêmes. Ils avaient perdu leurs parents pendant la guerre. Beaucoup étaient des voyous. D'ailleurs, certains d'entre eux ont fini en prison. Vladimir est attiré par cet univers de combine, de violence. Malgré son jeune âge, il parvient à s'y faire une place. à la force des poings.
C'était un bagarreur. Et quand il se bagarrait, il allait jusqu'au bout. Dès qu'il se retrouvait dans une histoire, on savait que le gars en face allait être dans de mauvais draps. Je lui disais, t'es le plus petit, ils vont te taper. Et lui répondait, si quelqu'un me touche, je lui saute dessus. Et je vais tellement m'accrocher et le griffer que je vais lui arracher la gorge. Vladimir Poutine est sur le point de basculer dans la délinquance.
Et c'est son professeur, Vera Gurevitch, qui va le remettre dans le droit chemin. Cette année-là, il a été demandé à chaque enseignant de choisir un élève en difficulté pour devenir son tuteur. Vera désigne le turbulent Vladimir. J'ai choisi Vladimir Poutine. Quelque chose au fond de moi m'a dit que ce garçon n'était pas celui qui était assis derrière sa table d'écolier là. Qu'il pourrait donner beaucoup plus. Et je ne me suis pas trompée.
Dès lors, l'enseignante ne va plus lâcher son protégé. Elle passe tout son temps libre avec lui. et lui offre de nouveaux centres d'intérêt. Ni mes parents ni les siens n'avaient fait de longues études, ils venaient du monde ouvrier. Et puis tout d'un coup, il y avait cette prof, une femme, issue d'un tout autre milieu. C'était une dame, elle était élégante, énergique et surtout ne parlait pas comme tout le monde. Elle était cultivée, elle nous fascinait.
Vera devient une amie de la famille. Avec elle, Vladimir Poutine découvre un nouveau monde, celui des arts et de la culture. Et peu à peu, il s'éloigne des petits voyous de sa cour d'immeuble. Le nombre de fois où je l'ai traîné en dehors de cette cour, par la main ou par son pull, pour l'éloigner de ses fréquentations, je me suis énormément investie avec lui. Je l'ai emmené au théâtre, dans les musées, on se baladait en ville aussi.
Tout ce que je savais, je lui racontais. En quelques années, c'est la métamorphose. Vladimir s'est assagi, il est même devenu un élève studieux. Il a commencé à lire beaucoup, il aimait les classiques russes. Il les lisait sans arrêt. Il aimait beaucoup la musique classique. Et étrangement, il adorait Bach, il adorait Beethoven, il allait à des concerts. L'adolescent agressif et renfermé commence à prendre confiance en lui.
C'est alors qu'il se met à rêver d'un avenir glorieux. A l'affiche de son cinéma de quartier, un film vient d'enflammer son imaginaire. Le bouclier et l'épée, c'est l'insigne des services secrets russes, le KGB. Le héros est un espion infiltré dans l'armée allemande pendant la seconde guerre mondiale. Un homme qui, à lui seul, va changer le cours du conflit. Dans le film, il y a ce héros soviétique qui est admiré, respecté.
Il est le plus intelligent, le plus talentueux. C'est un film qui donne une image très romantique du KGB. Les personnages russes sont tous bons et séduisants. Ce thème des héros grands sauveurs, ça nous plaisait. On parlait tous de ce film, il nous a tous marqués. Le film rencontre un immense succès dans toute l'Union soviétique. Pour Vladimir Poutine, c'est une révélation. Il s'identifie au héros et veut lui ressembler.
Il veut dès le début être un James Bond. Il y a ce côté romantisme. Un seul homme qui peut gagner contre le monde entier. Et à 16 ans, il prend une initiative audacieuse. Il se rend seul au siège du KGB pour déposer sa candidature. Les officiers qui l'accueillent ne le prennent pas du tout au sérieux. On s'est adressé à lui comme à un adolescent. On lui a dit, bien entendu, tu veux devenir un agent du renseignement ?
Oui, je veux être un agent. Mais tu comprends, pour cela, il faut que tu aies de bonnes notes à l'école, il faut que tu sois bon au sport, il faut que tu aimes ton père et ta mère. Et quand tu auras fini le lycée, il faudra que tu ailles à l'université. Et l'adolescent va prendre ses conseils au pied de la lettre. Il se lance à fond dans le judo et étudie les théories des grands maîtres japonais. Pour ressembler à l'espion idéal, il veut se bâtir un corps d'athlète.
A 17 ans, il est champion dans sa catégorie. Il gagnait des championnats, des compétitions, et tous les gars le respectaient pour ça. Il n'a jamais voulu devenir un champion. Le sport, c'était juste pour son futur métier. A 20 ans, Vladimir Poutine n'a pas changé d'objectif. Il fait toujours du sport, mais il vient surtout d'intégrer la prestigieuse faculté de droit de Leningrad. Et tout cela dans l'espoir d'être repéré par les services secrets.
Quand je venais le voir le soir chez lui, pendant que je lui parlais, il m'écoutait sans arrêter de lever des haltères. Et puis il avait des tonnes de livres à étudier. Il était un des meilleurs. Et là, c'est la voie royale parce qu'on a toujours proposé aux meilleurs étudiants de travailler pour le KGB. Il était extrêmement déterminé. Il s'était fixé cet objectif et faisait tout pour l'atteindre. L'histoire personnelle de Vladimir Poutine fait de lui l'homme idéal pour séduire les électeurs.
Mais c'est la suite de son parcours qui a convaincu les oligarques d'en faire le successeur du président Yeltsin. Repartons dans les années 70. Poutine a 23 ans, il est en cinquième année de droit lorsqu'il est enfin recruté par le KGB. A l'époque, c'est le plus grand service de renseignement du monde avec plus de 700 000 agents sur le terrain. Mais avant de devenir un véritable espion, Poutine va devoir faire preuve de patience.
Vladimir Poutine commence sa carrière au KGB en bas de l'échelle, en arpentant les trottoirs de Leningrad. Il est au contre-espionnage, chargé de surveiller les opposants politiques. Il doit faire des filatures, il est dans la rue. Il était subalterne. Il fait, vous savez, un travail vraiment le plus désagréable. L'agent Poutine s'ennuie. Il rêve d'un poste en Europe de l'Ouest ou aux Etats-Unis, comme les grands espions qu'il admire.
Il voulait partir à l'étranger comme tout autre citoyen soviétique. A cause du rideau de fer, les gens ne pouvaient même pas imaginer la vie ailleurs et voulaient la voir. Mais les années passent, et malgré ces demandes répétées, ses supérieurs n'envisagent aucune mutation. En 1984, Poutine a 32 ans. Il habite toujours chez ses parents. Il est marié depuis un an à une hôtesse de l'air, Ludmilla, et s'est installé avec elle dans la pièce voisine de l'appartement communautaire.
Il s'est marié, est-ce que c'est vraiment le mariage d'amour ? Peut-être, mais je doute fort parce que, vous savez, pour être envoyé à l'étranger, il fallait être marié. Le KGB n'envoie pas d'officier célibataire à l'étranger. Mais cette année-là, sa persévérance va finir par payer. Il est convoqué pour un stage au centre de formation de Moscou, l'école des espions. Ceux qui voulaient intégrer le service de renseignement extérieur devaient apprendre à approcher les gens.
Car c'est une partie essentielle du recrutement. Si tu sais comment t'adresser aux autres, tu peux les séduire pour les recruter. Dès son arrivée, Vladimir Poutine reçoit un nom de code, Platoff, du nom d'un célèbre général qui avait vaincu les armées de Napoléon. L'université du KGB est sans doute la meilleure formation que l'on puisse trouver dans l'Union soviétique de ces années 70. Poutine apprend des techniques basiques, ouvrir des courriers sans montrer qu'on les a ouverts, réussir des effractions de portes et de fenêtres, placer des systèmes d'écoute, comment placer un micro dans une voiture, dans un téléphone.
L'élève Poutine apprend vite. Mais ses formateurs décèlent chez lui un trait de caractère qui les inquiète. Dans son dossier personnel du KGB, quand il était étudiant, il a été écrit « niveau de risque sous-estimé » . Cela veut dire qu'il ne se sentait jamais en danger. Il était prêt à prendre plus de risques que d'autres. Et dans le service de renseignement, cela a été considéré comme une faiblesse. Malgré cette faiblesse, Vladimir Poutine va obtenir un poste à l'étranger.
Après un an de formation, il est envoyé à Dresde, en Allemagne de l'Est, un pays sous domination soviétique et un FED à Moscou. C'était une dictature. Et à quelques kilomètres de là, en RFA, il y avait la liberté et la démocratie. Pour beaucoup, il n'y avait qu'un seul objectif, quitter la RDA pour la RFA. Parfois, on terminait en prison pour ça. Poutine aurait préféré être envoyé chez l'ennemi, de l'autre côté du mur.
Il devra se contenter d'un poste moins exposé. Pour la première fois à 33 ans, il peut s'installer en famille, dans son propre appartement. L'UNMILA vient de donner naissance à leur deuxième fille. Poutine rêvait de cette nouvelle vie en Allemagne. Mais il va très vite déchanter. On ne lui a confié qu'un petit rôle de bureaucrate. Il passe ses journées à mettre à jour les fiches de renseignements sur les opposants politiques.
Un travail fastidieux. Dans son fort intérieur, il n'est pas content de lui. C'est pas ce qu'il attendait. Je pense qu'il y avait une blessure en lui. Il y a quelque chose qui est cassé en lui. Parce que c'est pas le travail le plus passionnant. Il attendait plus de choses. En janvier 1989, après trois années passées à Dresde, Poutine est invité à une fête au QG de l'Astasie. Sur la photo de groupe, il passe totalement inaperçu.
En 14 ans de carrière au KGB, malgré tous ses efforts de patience et d'obéissance, il n'a jamais été remarqué par sa hiérarchie. Sa carrière d'agent n'a pas été réussie. Je crois que ses compétences... n'était simplement pas extraordinaire. Il déprime au boulot, il prend du poids, sa femme se moque de lui, ses amis se moquent de lui, et il sent bien que là il est en train de végéter dans cette carrière qui n'est plus celle d'un agent secret comme il le rêvait, mais qui est celle d'un bureaucrate du renseignement.
Mais tout pourrait changer plus rapidement que prévu. Au moment où cette photo est prise... Poutine sait parfaitement que le vent de l'histoire est en train de tourner. Depuis le milieu des années 80, l'Union soviétique tremble sur ses fondements. Le premier secrétaire du parti communiste, Mireille Gorbatchev, a lancé une série de réformes pour instaurer plus de liberté économique et politique. Ces réformes ont un nom.
Perestroika. Gorbatchev voulait moderniser l'Union soviétique. Il en a précipité l'effondrement. En 1989, pendant que Poutine fait la fête au bureau de l'Astasie, des manifestations éclatent dans plusieurs villes d'Allemagne de l'Est. Le rêve de démocratie s'est propagé. Notre objectif c'était d'avoir la même chose qu'en URSS, où des réformes étaient entreprises. La liberté de la presse, d'opinion, il fallait tenter le coup.
Les citoyens descendaient dans la rue pour plus de liberté. La situation était très tendue à l'époque. La colère s'amplifiait à chaque manifestation violemment réprimée. Ce sont les derniers soubresauts de la dictature. Miral Gorbatchev décide de ne pas envoyer l'armée rouge, ce qui va précipiter l'un des plus grands tournants de l'histoire contemporaine. En novembre 1989, le mur qui sépare Berlin Est de Berlin Ouest tombe sous la pression populaire.
A 200 kilomètres de là, Vladimir Poutine et ses collègues assistent impuissants à la fin de leur monde. Ils ont reçu l'ordre de brûler toutes leurs archives. Mais le KGB leur a demandé de ne pas intervenir, alors que la colère des manifestants est en train de les rattraper. Ce soir-là, les habitants de Dresde s'en prennent à l'un des symboles de la dictature, le siège local de l'Astasie. À 17h, des milliers de gens étaient devant.
On devait être 5000. L'ambiance était très tendue. Il y avait des risques de l'infermier. lynchage. Les uns voulaient fouiller chaque bâtiment pour voir ce qui s'y passait. Les autres voulaient libérer les prisonniers ou voir les dossiers. Parallèlement, la foule chasse les hommes de l'astasie de leur quartier général. Ils échappent de peu au lynchage. Galvanisés, les manifestants se fixent alors un autre objectif. Quelqu'un est venu me dire...
Et maintenant, on dissout le KGB. C'était de la folie à mon sens. Et la seule chose que je leur ai dit, je suis sûr que j'avais les yeux écarquillés, faites surtout bien attention à ce qu'il ne vous arriverait pas. On a demandé qui vient. Et un groupe d'environ 20 personnes s'est constitué pour aller prendre le KGB d'assaut. Je me suis dit, allons voir. J'avais un mauvais pressentiment. Ça ne peut pas bien se passer.
Au bureau du KGB, les agents ont été informés de l'attaque des manifestants contre l'Astasie. Ils demandent depuis plusieurs heures les instructions à Moscou. Mais ils n'ont toujours aucune réponse lorsque le groupe arrive devant leur porte. Quand le groupe est arrivé au portail, ils ont fait du bruit pour exiger d'entrer. Et juste après, un officier en uniforme est sorti. Cet officier en uniforme, c'est le lieutenant-colonel Poutine.
Il a décidé d'affronter seuls les manifestants. Il a dit en allemand courant, de façon très claire, « Je demande au groupe d'abandonner le projet d'entrée sur cette propriété. Mes camarades sont très bien armés. J'ai donné l'ordre de tout faire pour empêcher une intrusion. » Le ton était assuré. Mais il est resté calme, il n'a pas crié. Et je dois dire que j'ai été très impressionné. Après ça, on est parti. On a abandonné le projet d'entrer dans le bâtiment.
Vladimir Poutine a sauvé son bureau, mais il retient surtout qu'il a été abandonné par sa hiérarchie. Poutine comprend que quelque chose est cassé. Dans la grande machine du KGB et de l'Union soviétique, Moscou ne donne plus d'ordre. Quelque chose est fini. Cette carrière, cette passion qu'il avait s'arrête là en décembre 89 quand il comprend que ses chefs, que le parti communiste, que la direction du KGB ne sont plus capables de gérer ce genre de situation.
Dans les semaines suivantes, les bureaux de la Stasi et du KGB de Dresde sont démantelés. Vladimir Poutine et ses collègues sont rapatriés en Russie, laissant derrière eux les vestiges d'une dictature révolue. Après la fermeture du bureau de Dresde, Vladimir Poutine et sa famille retournent à Leningrad dans l'appartement communautaire de ses parents. Il obtient un poste de directeur adjoint à l'université de la ville.
Difficile de savoir s'il est toujours agent du KGB dans cette période trouble de changement de régime. En 1991, l'Union soviétique... Et dissoute, rongée de l'intérieur, toute l'économie s'écroule, l'armée, la police et même le KGB sont totalement désorganisés. La criminalité est galopante. À la tête du pouvoir, Mireille Gorbatchev doit céder sa place à Boris Yeltsin, le nouvel homme fort de la Russie. Toutes les cartes sont alors redistribuées et Vladimir Poutine va réapparaître à un endroit où on ne l'attendait pas.
En septembre 1991, Leningrad redevient officiellement Saint-Pétersbourg. La ville avait changé de nom lors de la révolution bolchevique. Un symbole fort pour le maire, Anatoly Sobchak, l'un des principaux leaders démocrates de la Nouvelle-Russie. À l'arrière-plan, les nouveaux hommes forts de la ville. Et parmi eux, Vladimir Poutine. Il est apparu mystérieusement aux côtés d'Anatoly Sobchak, quelques mois après son retour d'Allemagne.
On a remarqué que Sobchak avait un nouvel assistant en conseil municipal. On ne savait pas qui il était, comment il s'appelait, ni d'où il sortait. Puis quand on a eu les réponses, on a été quelque peu surpris. Un ancien du KGB qui devient l'un des principaux adjoints au maire. Chez les démocrates, on s'inquiète de la façon dont Sobchak constitue sa garde rapprochée. Cette nomination n'a pas enchanté les députés, parce qu'ils savaient d'où Poutine venait.
Mais il n'était pas le seul à venir des services de sécurité. Il y en avait un certain nombre qui avaient été embauchés au même moment et qui se sont retrouvés à des postes de chef de service à la mairie. Sobchak, il m'a dit, ce n'est pas un homme du KGB type. C'est quelqu'un qui est beaucoup plus intéressant que tu le penses. Quelqu'un de tout d'abord fidèle, absolument fidèle. Et la fidélité envers le chef... C'est une des clés de l'ascension de Poutine.
Sobchak a préféré Poutine parce qu'il l'estime faible et incompétent dans son travail au service de renseignement. Il a pris une décision très sage, nommer à ce poste quelqu'un qu'il pourrait contrôler. Poutine ne le contredisait jamais. Il disait toujours « Anatoly, vous avez entièrement raison, vos ordres seront exécutés » . Il se comportait comme un parfait subordonné. Les autres contredisaient beaucoup Sobchak, protestaient.
Poutine, lui, ne protestait jamais. Alors que les réformateurs sont accusés de laxisme face à une criminalité galopante, Poutine va surtout apporter à Sobchak l'image autoritaire qui lui manquait. Je sais que Poutine est un homme rigide, déterminé et tranché dans ses convictions, ses idées. Cela peut ne pas plaire à certains. Certains penseront qu'il a un caractère à la limite du totalitarisme. Mais c'est son caractère.
Il était déjà comme ça il y a 25 ans. Un caractère qui plaît beaucoup au maire de Saint-Pétersbourg. Rapidement, les deux hommes deviennent amis et Poutine sent bourgeoise. Pour la première fois, Poutine et sa femme goûtent à un certain confort, une voiture de fonction, appartement confortable, bon restaurant. Ils sont souvent invités par des hommes d'affaires étrangers qui viennent faire des affaires à Moscou. Et Poutine est toujours là parce qu'il parle plusieurs langues, donc c'est un interlocuteur important.
On passait nos vacances ensemble, en famille, donc j'ai pu me faire une idée très claire de son caractère. C'était un homme plutôt replié sur lui-même. Il a toujours eu du mal à ouvrir son cœur. Mais je savais que c'était un homme fort, un roc sur lequel on pouvait s'appuyer, qui ne trahirait jamais et ne se rendrait jamais. Un an plus tard, Poutine obtient un poste clé au sein de la mairie. Il devient responsable des investisseurs étrangers.
Il est propulsé dans un nouveau monde, celui des affaires. C'est par son service que transitaient toutes les demandes des compagnies étrangères qui souhaitaient s'implanter à Saint-Pétersbourg. Ceux qui voulaient obtenir un terrain, des locaux, obtenir l'autorisation pour ouvrir un hôtel, etc., devaient tous passer par Poutine. Et tout cela lui a donné un rôle très important dans la ville. Vladimir Poutine est en train de devenir un homme d'influence, au moment où la ville s'enfonce dans la crise.
La majeure partie de la population vit sous le seuil de pauvreté, et elle manque de tout, de nourriture, de médicaments. En 1992, Les prix avaient été multipliés par 10. Les revenus, eux, n'avaient pas changé. La situation était très difficile. On en était arrivé au point où il ne restait plus que 3 jours de farine pour tout le pain de la ville. C'était une période terrible. Les gens n'avaient plus rien à manger, ni à mettre en vente dans les rayons.
Pendant que la population souffre, quelques opportunistes Profite du passage brutal au capitalisme. Des mafieux, des hommes d'affaires, des fonctionnaires corrompus. Saint-Pétersbourg attire tous les profiteurs du système. C'est la capitale criminelle de la Russie. Les gens devenaient milliardaires en quelques semaines. Milliardaires en dollars. Le pouvoir exécutif était corrompu du bas en haut de sa structure. Honnêtement, Même les députés du conseil municipal n'arrivaient pas à s'en sortir sans toucher à la corruption.
Et Vladimir Poutine n'est pas épargné par ses soupçons de corruption. En avril 1992, le conseil municipal se réunit pour examiner un rapport embarrassant. Dans ce dossier, les preuves d'une gigantesque escroquerie orchestrée au sein de la mairie. Des millions de dollars. D'argent public se sont envolés. Vladimir Poutine est convoqué par les députés. Sa signature apparaît au bas de plusieurs documents compromettants. Celui qui signe les documents est responsable. Ça me paraît évident.
Il aurait fallu mettre une caméra vidéo dans son bureau pour savoir ce qu'il a gagné. Mais malheureusement, je n'ai pas mis cette caméra. Lorsque le conseil a étudié le rapport, Poutine était présent, moi aussi. Eh bien, il a reconnu ses erreurs et a promis de les réparer. Vladimir Poutine plaide la naïveté. Il aurait été abusé par des escrocs, spécialisés dans les arnaques financières. Mais le conseil municipal n'est pas convaincu.
Ce rapport a été étudié, à la suite de quoi il a été recommandé à Sobchak d'écarter Poutine. C'était une des rares et uniques fois où le conseil municipal a proposé d'écarter un fonctionnaire aussi haut placé. Mais Sobchak a refusé. Couvert par son ami, Vladimir Poutine ne sera jamais poursuivi dans cette affaire. En 1996, Sobchak est battu aux élections municipales. Mais Poutine lui sera fidèle jusqu'au bout. C'est à ce moment-là que le Kremlin commence à s'intéresser à lui, qui est donc ce pur produit du système soviétique qui a su parfaitement trouver sa place dans le chaos de la nouvelle démocratie russe.
Deux mois après la défaite de Sobchak, Poutine est appelé à Moscou. pour travailler au sein de l'administration présidentielle. On travaillait ensemble. On est devenus amis. Poutine n'était pas très motivé. C'est mon impression personnelle. Jamais il n'aurait cru pouvoir faire carrière dans la politique. Il se voyait plutôt travailler dans une grande entreprise d'État. comme Gazprom, en tant que conseiller. Disons qu'il recherchait surtout le confort financier.
Sa progression dans la hiérarchie est alors fulgurante. En juillet 1998, les gradés du FSB, le nouveau nom des services secrets, ont été convoqués au Kremlin pour rencontrer leur nouveau directeur. Vladimir Poutine est devenu le grand patron des services secrets. C'est la première fois qu'un officier de second rang est nommé à un tel poste. Il n'était pas particulièrement heureux de sa promotion à la tête du FSB. Il s'est retrouvé là malgré lui.
Disons que de nombreuses personnes l'ont propulsé à ce poste. Vladimir Poutine obtient ce poste stratégique alors que le... Le Kremlin est en pleine crise. Le président Yeltsin, en fin de mandat, ne tient plus les rênes du pays. La corruption est omniprésente. Alors un homme a décidé de faire le ménage au sommet de l'État. Le procureur général Yuriy Skouratov. Il vient de lancer plusieurs enquêtes très compromettantes pour le pouvoir en place.
Tout le clan Yeltsin serait impliqué, à commencer par l'oligarque Berezovsky. accusé de blanchiment. Boris Berezovski, dans cette anarchie ambiante qui est devenue la Russie post-soviétique, va privatiser la politique intérieure et étrangère du Kremlin. Boris Berezovski devient le symbole de ces oligarques, à la fois puissance politique et puissance d'argent. Le président et l'homme d'affaires risquent gros. Alors ils vont solliciter leur nouveau chef du FSB.
Vladimir Poutine. À mon avis, à un moment donné, il a promis qu'il va les aider. Et il les aide. Il était fidèle à Boris Yeltsin. Et quand Boris Yeltsin lui a ordonné d'organiser une contre-attaque contre le procureur général, Yuriy Skouratov, alors Vladimir Poutine l'a fait. Et la contre-attaque ne tarde pas. En mars 1999, Un agent du FSB dépose une cassette vidéo au siège de la télévision publique. Son contenu est des plus embarrassants pour le procureur Skouratov.
J'ai vu cette vidéo diffusée à la télévision. Il était 11h du soir. Je me souviens que le présentateur a commencé en disant « J'espère que les plus jeunes téléspectateurs sont déjà couchés » . Sur cette vidéo, on voit un homme qui ressemble fortement au procureur Skouratov se livrer à des ébats sexuels avec deux jeunes femmes dans une chambre d'hôtel. La télévision russe, bien sûr, ne cache rien. Le procureur nie immédiatement les faits et menace de porter plainte.
Mais sa réputation de magistrat est compromise. Depuis la nuit des temps, le KGB... « Monter des vidéos de ce type, des compromissions, ça faisait partie des modes d'action du KGB. Et Poutine, à ce moment-là, est dans la logique de son rôle, de sa mission de chef du FSB aux ordres du pouvoir. » « C'était clair que ça ne se passe pas par hasard qu'on le filme dans l'hôtel avec des îles. » Une enquête officielle est ouverte pour déterminer si le procureur est bien l'homme sur la vidéo.
Elle est évidemment confiée au FSB. Deux semaines plus tard, Vladimir Poutine confirme lui-même à la presse que Yuriy Skouratov a été formellement identifié sur l'enregistrement. Le procureur est démis de ses fonctions et ses enquêtes sont abandonnées. L'affaire contre la famille Gelsin n'a pas été poursuite. Pour eux, cette histoire s'est terminée très confortablement. Il ne faut pas oublier qu'en 1999, il n'y avait pas beaucoup de monde prêt à soutenir Yeltsin.
Mais Poutine l'a fait. Vladimir Poutine est devenu un membre à part entière du clan Yeltsin. Il s'est montré d'une loyauté à toute épreuve. Il s'affiche même avec l'oligarque Berezovsky. Alors que ce dernier, poursuivi par la justice, est devenu pour tous infréquentable. C'était l'anniversaire de la femme de Berezovski. Berezovski était tout seul avec sa femme à la maison. Personne n'était venu, à part Poutine. Poutine est arrivé avec un bouquet de roses blanches qu'il a offert à Lena, l'épouse de Berezovski.
Et Berezovski a dit, Vladimir, tu es venu seul, personne d'autre n'a osé venir, ils ont tous peur, ça va te causer des problèmes. Poutine a répondu, qu'ils parlent. L'amitié, c'est plus important. Deux mois plus tard, Boris Berezovski s'envole vers Biarritz pour proposer à Vladimir Poutine d'être le candidat du clan Yeltsin aux prochaines élections. Un an plus tard, il réussit un raz-de-marée électoral élu au premier tour avec 52% des voix.
Le clan Yeltsin et les oligarques ont réussi à placer un illustre inconnu à la tête du pays, un pantin loyal et volontaire censé protéger leurs intérêts. Mais une fois au sommet de l'État, Vladimir Poutine va se révéler très différent. de leurs attentes. Le premier dossier sur lequel se penche le président Poutine est celui des médias. Du temps d'Helsine, la presse était relativement libre. Mais Poutine, formé au KGB, voit les choses autrement.
Trois jours seulement après son investiture, les forces spéciales perquisitionnent le siège de NTV, la principale chaîne de télévision indépendante. Ces journalistes étaient les plus virulents contre Poutine pendant la campagne. Le nouveau président entend bien le leur faire payer. En mai 2000, le patron de la chaîne, l'oligarque Vladimir Goussinski, est poursuivi en justice pour fraude financière. C'était pour remettre Goussinski à sa place, pour lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas jouer à son petit jeu tout seul, et encore moins si ça allait à l'encontre de Poutine.
Goussinski est pris au piège. Pour sauver sa peau, il n'a d'autre choix que de céder sa chaîne de télévision à la compagnie d'État Gazprom. Le milliardaire s'incline avec ironie. L'oligarque est mis sur la touche, mais les journalistes, eux, vont tenter de résister. Aujourd'hui, les journalistes de la télécompagnie NTV font une action de proteste contre la arrivée des dirigeants des gaz à l'eau. Le collectif journaliste ne reconnaît pas de façon légitime une nouvelle direction et essaie de garder sa position, ainsi que la liberté de parole, jusqu'au bout.
La réponse de Poutine est sans appel. Des enquêtes sont ouvertes contre chaque journaliste récalcitrant. L'une des vedettes de la chaîne, Svetlana Sorokina, n'échappe pas à cette chasse aux sorcières. C'est elle qui avait réalisé la toute première interview de Poutine lorsqu'il était Premier ministre. Elle est convoquée au Kremlin. Il m'a poussée à choisir mon camp. Il a tenté de me rallier à sa cause. À la moitié de l'entretien, j'ai compris que c'était la fin, que nous n'obtiendrions absolument rien.
J'étais dans un état lamentable et je n'avais qu'une envie, éclater en sanglots de façon hystérique. Au final, la chaîne NTV sera définitivement démantelée. Svetlana Sorokina et ses collègues seront tous licenciés. En quelques mois, la quasi-totalité des médias est reprise en main par le Kremlin. Moi qui ai débuté au temps de l'Union soviétique, je ne pensais pas que la boucle serait aussi vite bouclée, que l'on reviendrait ainsi au passé, et même à quelque chose d'encore plus terrible et stupide que ce que j'avais vu dans les heures les plus sombres de l'époque soviétique.
Je ne pensais pas que nous reviendrions aussi vite à la propagande. Désormais, les journalistes qui refuseront de se soumettre Le feront au péril de leur vie. La plus virulente d'entre eux, Anna Politowskaia, deviendra le symbole de cette opposition. Tuée par balle dans sa cage d'escalier, le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine, trois combattants tchétchènes et un ancien cadre du KGB seront condamnés pour l'organisation de cet assassinat.
Mais les commanditaires ne seront jamais identifiés. Le problème, c'est que le pouvoir ne cherche pas à trouver les assassins. Ceux qui tuent ou menacent les journalistes se sentent intouchables. Durant les années 2000, 21 journalistes seront assassinés en Russie et des dizaines d'autres agressés. Pour Poutine, les médias c'est un instrument, un outil, pas une institution. Un outil qui peut être dans de mauvaises ou dans de bonnes mains.
Si cet outil est entre de mauvaises mains, il est retiré ou détruit. Voilà qui est mon président. Je dois l'accepter et vivre dans mon pays avec ce président-là. Ou bien partir. En même temps que la presse, Vladimir Poutine va s'en prendre à un autre contre-pouvoir. Celui des oligarques. Ces hommes d'affaires pensaient avoir mis un pantin à la tête de l'État. Ils vont tomber de haut. C'était un politique sans expérience.
C'est pour ça que les oligarques comptaient le manipuler. Mais leur erreur... résidait dans le fait que Poutine a trouvé son équipe très facilement et rapidement. Je pense que le FSB a conseillé à Vladimir Poutine de prendre de la distance, de commencer à faire le ménage afin d'écarter tous ces joueurs qui lui avaient permis d'être élus. En juillet 2000, quatre mois seulement après son élection, Vladimir Poutine convoque au Kremlin les 21 hommes d'affaires les plus riches du pays.
Il veut tout simplement leur rappeler que le nouveau chef de la Russie, c'est lui. Ce jour-là, Vladimir Poutine les met en garde. S'ils veulent conserver leur pouvoir, ils doivent partager leur richesse avec l'État et surtout ne plus se mêler de la politique. Il voulait chasser les oligarques du pouvoir, mais sans pour autant tous les emprisonner. Il les a simplement réunis et il a dit « Désormais, vous aurez un patron.
Et ce patron, ce sera moi, le président de la Fédération de Russie. Occupez-vous de votre business, mais vous ne devrez en aucun cas vous mêler des affaires du gouvernement. Vous devez rentrer dans le rang et rendre les armes. » La plupart des oligarques acceptent les nouvelles règles du jeu imposées par le président Poutine. Mais l'un d'entre eux n'a pas l'intention de se laisser impressionner. Grand absent de cette réunion, Boris Berezovsky est furieux contre Poutine.
Il ne s'attendait pas à ce retournement de situation. Il continuait de s'adresser à lui en employant son diminutif. Je l'entendais lui parler au téléphone et lui dire « Volodia, Volodia » . Il pensait que c'était lui qui l'avait créé. et qu'il tenait les ficelles de sa marionnette. C'était une erreur. Berezovsky se permet même de critiquer publiquement la dérive autoritaire du nouveau président. Vladimir Poutine ne réagit pas directement à la provocation.
Mais l'affront de Berezovsky ne restera pas impuni. A l'été 2000, l'oligarque est accusé de fraude financière. Il risque la prison. Il est contraint de quitter le pays, abandonnant une grande partie de sa fortune. Dans l'avion qui le mène en Angleterre, il ne mâche pas ses mots envers Poutine. Au début j'ai essayé de convaincre Poutine avec mes arguments, mais il n'écoute pas. Alors maintenant, j'agis. Poutine lui aussi a fait des affaires.
Poutine lui aussi a utilisé des méthodes très personnelles durant ces dix dernières années. Il n'est pas resté les bras ballants. Et comme je dis souvent, tous ceux qui ne sont pas restés inactifs durant ces dix dernières années peuvent être mis en examen. Et même être jeté en prison, tous sans exception. Everyone, y compris Poutine. Y compris Poutine, bien sûr, cela dépend de qui est président. Berezovski ne reverra jamais son pays.
Quelques années plus tard, on le retrouvera pendu dans son manoir londonien. L'enquête conclura au suicide. Une fois tous les oligarques de la première génération écartés, Vladimir Poutine constitue sa garde rapprochée. Il confie des postes clés à ses amis des services secrets. Il recrée en quelque sorte une nouvelle oligarchie et personne ne s'y oppose réellement. On ne peut pas dire qu'il ait instauré de nouvelles règles du jeu.
C'était juste un coup de pub pour le peuple. Il fallait faire croire que le système d'oligarchie était révolu, mais ça n'était pas du tout le cas. Poutine considère que c'est normal. Puisqu'il est président, il a le droit de placer ses amis... au panthéon des oligarques. En 2007, Poutine en est à son deuxième mandat. Cette année-là, le politologue Stanislas Belkoski publie une enquête sur les liens entre le président et les principaux fleurons de l'économie russe.
Il est persuadé que Poutine s'est enrichi personnellement et il le dit ouvertement. Selon mes informations, Poutine contrôlait de façon indirecte des actions de Gazprom ... ainsi que de la compagnie Gunvor. Il faut savoir une chose, un politique de ce rang ne peut rien posséder en son nom propre, ni actif, ni argent. Donc ce sont ses amis qui possèdent son argent. A l'époque, selon les estimations, 40 milliards de dollars.
A présent, cette somme est bien supérieure. « Le Kremlin ne m'a pas traîné en justice parce qu'il savait que je donnais des infos justes. Il devait craindre que j'ai des preuves. » Depuis Staline, aucun dirigeant russe n'avait eu autant de pouvoir. Et Poutine entend bien le faire comprendre au reste du monde. En 2007, c'est un leader sûr de sa force qui se présente au sommet du G8 en Allemagne. Il y retrouve les dirigeants des 7 pays les plus industrialisés de la planète.
Parmi eux, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu. À plusieurs reprises, le président français s'est permis de critiquer la politique de Vladimir Poutine. Le président russe n'a jamais réagi à ses attaques, mais lors d'un tête-à-tête, Nicolas Sarkozy va lui en donner l'occasion. Nicolas Sarkozy, très sûr de lui, commence à dire « Avec moi, on va parler des sujets qui fâchent, il n'y aura aucun sujet tabou » . Les centaines de morts en Tchétchénie, pour moi, c'est inadmissible.
Ania Politkovskaya, la journaliste russe assassinée, pour moi, c'est inadmissible. Vladimir Poutine, écoute, commence par juste laisser parler Nicolas Sarkozy. Il l'observe et il laisse un temps de silence. Un temps de silence qui, d'ailleurs, installe une certaine gêne. Et puis il prend un air un peu narquois et lui demande c'est bon t'as fini là ? Sarkozy oui. Bon alors je vais t'expliquer. Tu vois ton pays il est comme ça.
Mon pays il est comme ça. Alors maintenant de deux choses l'une. Ou bien tu continues sur ce ton et je t'écrase. Ou alors tu arrêtes de parler comme ça. Et euh... Tu verras, tu viens juste de devenir président de la France, mais je peux faire de toi le roi d'Europe. On m'a juste dit que son discours était ponctué d'insultes, de propos humiliants, de façon à vraiment imposer sa volonté à Nicolas Sarkozy. Et Nicolas Sarkozy va être juste éberlué.
Il n'en vient pas. Et Nicolas Sarkozy va avoir du mal à s'en remettre. Il est encore sous le choc de cette conversation lorsqu'il se présente à sa conférence de presse. Mesdames et messieurs, qu'est-ce que vous préférez que je réponde aux questions ? Alors, y a-t-il des questions ? Dans la salle, tout le monde s'en rend compte. Et les journalistes s'amusent à penser que la rencontre avec Vladimir Poutine... a été un peu trop arrosé de vodka.
Les commentateurs de l'époque avaient oublié que Vladimir Poutine, lui, ne boit pas ou pratiquement pas, et Nicolas Sarkozy non plus d'ailleurs. On a eu cette interprétation sur la soi-disant ivresse de Nicolas Sarkozy, alors qu'il était en fait simplement chaos debout du fait de l'humiliation que venait de lui infliger Vladimir Poutine. Nous avons évoqué tous les sujets, la Tchétchénie... La journaliste, les droits de l'homme, les droits des homosexuels, nous l'avons fait calmement, sereinement, mais je l'ai fait sans aucune agressivité.
Ce jour-là, Vladimir Poutine a montré au président français son autre visage. Il continue de se comporter comme un cagébiste. Il continue de traiter les gens comme un maître espion, traite ses sources, c'est-à-dire principalement en utilisant des clés de bras. En 2008, Vladimir Poutine est au pouvoir depuis déjà 8 ans lorsqu'il est obligé de céder sa place. Il a été réélu en 2004 et la constitution russe n'autorise pas plus de deux mandats consécutifs.
Pour la première fois, il a peur de perdre la main et il sait que ses ennemis n'attendent que ça. Alors il va trouver un moyen de garder le contrôle. Il envoie son plus fidèle lieutenant, Dimitri Medvedev, se présenter au présidentiel et soutient sa candidature. Comme les oligarques l'avaient fait avec lui, il compte utiliser Medvedev comme homme de paille et garder le pouvoir effectif. Vladimir Poutine devient donc Premier ministre.
Et il entend bien montrer qu'il garde la main sur les affaires. Dans ce partage des rôles, Vladimir Poutine s'occupe de la politique intérieure et travaille son image pour les prochaines élections. À l'été 2009, alors que la crise financière mondiale s'abat sur la Russie, il joue une nouvelle fois les chevaliers blancs face aux oligarques. Ce jour-là... Il se rend dans une petite ville industrielle touchée par la fermeture d'une cimenterie.
Poutine convoque les propriétaires et n'hésite pas à les menacer devant les journalistes. C'est absolument inouï. Si les propriétaires ne peuvent pas s'unir, le complexe universel sera toujours réinventé. Dans un ou un autre mode, ce sera fait sans vous. La scène est une nouvelle fois surréaliste. Dans cette assemblée, se trouve Oleg Deripaska, l'un des oligarques les plus puissants du pays. Vladimir Poutine est venu l'humilier.
L'oligarque vient d'accepter l'humiliation sans broncher. Après dix ans de pouvoir, plus personne n'ose contredire Vladimir Poutine. Pendant ce temps, le président Medvedev lance lui une opération séduction sur la scène internationale. Le voici lors du G20 à l'ombre. Il est venu discuter avec Barack Obama pour relancer la coopération entre la Russie et les Etats-Unis. Medvedev est avocat. Fan de hard rock et adepte du libéralisme, son profil tranche avec celui de Poutine.
La communauté internationale est presque sous le charme. Obama a dû croire à un moment donné, comme d'autres occidentaux d'ailleurs, que Medvedev c'était l'avenir de la Russie, qu'on avait trouvé un président russe convenable, un juriste, quelqu'un qui avait l'air moderne et qui n'avait pas le côté sombre, potentiellement inquiétant et moins viscéralement nationaliste que Poutine. Je crois que... Autour de lui, il y avait des gens qui envisageaient qu'il reste le président de la Russie.
L'entourage de Medvedev a tenté de tirer sa carte du jeu. Il y a eu une tentative de rendre Medvedev indépendant durant son mandat et d'empêcher le retour de Poutine. Pas mal de gens ont essayé, selon moi. Mais Vladimir Poutine n'a pas du tout l'intention de se laisser faire. Durant toute l'année 2011, des négociations tendues ont eu lieu entre les deux hommes. Et au mois de septembre, face aux militants, ils semblent enfin s'être mis d'accord.
Je pense que c'est correct que le SIEM soutienne la candidature du président de la partie Vladimir Poutine pour la position de président de la pays. Vladimir Poutine vient officiellement de reprendre la main. Je sais qu'il pense la chose suivante. Comment pouvez-vous vous en sortir sans moi ? C'est un premier élément. Et deuxièmement, il s'inquiète de sa sécurité. Et pour lui, il n'y a pas d'autre solution que de rester au pouvoir.
Poutine, de retour aux commandes, cette annonce surprise va réveiller les ardeurs de l'opposition démocratique. En mars 2012. Vladimir Poutine remporte les législatives puis les présidentielles. Mais sur ces deux scrutins, des fraudes massives sont dénoncées. Pour la première fois depuis son premier mandat, il ne fait plus l'unanimité. Un grand nombre de gens ne se sont pas du tout sentis représentés par le résultat des urnes.
Et ce sentiment de non-représentation, ce sentiment de ne pas exister, a fait descendre les gens dans la rue. Il y a eu des moments où il semblait qu'on était en mesure d'insister et d'obtenir gain de cause. On a vraiment cru que cela pouvait mener à de grands changements. Le 6 mai, des milliers de personnes sont encore dans la rue. L'investiture de Vladimir Poutine doit avoir lieu le lendemain. Alors, la police se fait de plus en plus pressante auprès des manifestants.
Le lendemain, le sacre peut avoir lieu. Avec une mise en scène digne d'Hollywood, le cortège traverse une ville déserte. Une réponse par l'image, à la contestation. Tout est rentré dans l'ordre, Vladimir Poutine est de retour. Poutine reprend les pleins pouvoirs, donc il se sent beaucoup plus fort. Et c'est vrai qu'il durcit. Complètement sa présidence et notamment au niveau international. Pour son troisième mandat, Vladimir Poutine affiche des ambitions fortes.
A l'image de son investiture, il veut redonner toute sa splendeur à la Russie. Il a dit à plusieurs reprises que la chute de l'Union soviétique était la pire catastrophe géopolitique. Du XXe siècle, il a toujours été nostalgique de cette guerre froide qui faisait de lui l'un des deux grands qui, à l'égal de Washington, discutaient de l'avenir du monde. La Russie était un grand pays, toujours dans son histoire, et la Russie ne peut pas exister si ce n'est pas une puissance mondiale. Ça, c'est inimaginable pour les Russes.
Vladimir Vladimirovich Poutine. Il a reçu le poste de président de la Russie. Kutyn était quand même sur une ligne de restitution à la Russie, une place de premier plan. Et pas comme quelqu'un qui a un plan d'invasion. C'est plutôt quelqu'un qui attend, qui est calculateur. et qui à certains moments est capable de se précipiter sur l'occasion, quand l'occasion est donnée. Et c'est la crise en Syrie qui va donner à Poutine l'opportunité qu'il attendait.
En juin 2013, lors du sommet du G8 à Londres, il crée la controverse. Alors que les Etats-Unis et l'Europe réclament le départ de Bachar el-Assad, Poutine affiche son soutien au président syrien. Bonsoir et bienvenue. C'est bien d'accueillir le président Poutine à Downing Street. Je voudrais vous rappeler que la Russie fournit l'armement à la gouvernement de Syrie en complète conformité avec les normes de la droit international.
Nous ne déroulons rien. Je veux le souligner. Rien. Et nous invitons tous nos partenaires à agir de cette manière. Depuis les années 70, La Syrie est un allié de la Russie, grâce au lien fort tissé avec le clan Assad. Une alliance avant tout stratégique, la ville de Tartus abrite la seule base militaire russe, en Méditerranée. On a une base militaire, c'est vrai, c'est notre base militaire dans la Méditerranée, ce qui est important du point de vue géostratégique.
Donc il y a plein de choses comme ça qui n'ont pas été vues par des Occidentaux, parce que les Occidentaux... Ils ont fermé les yeux et ils ont pensé que la Russie n'existe plus. Ça, c'était une faute capitale. C'est une manière de montrer au monde que, contrairement aux Occidentaux, qui abandonnent leurs alliés, par exemple comme ils ont abandonné Saddam Hussein ou Kadhafi en Libye, la Russie, elle, n'abandonne jamais ses amis.
Donc c'est un signal international absolument énorme. Vladimir Poutine semble bien seul à défendre Bachar el-Assad, mais sa stratégie va payer. En août 2013, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France menacent de lancer une offensive militaire pour renverser le régime, après l'utilisation d'armes chimiques par le pouvoir syrien. Ce que nous avons vu en Syrie la semaine dernière devrait choquer la conscience du monde.
Le massacre chimique de Damas... ne peut rester sans réponse. Et la France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents. La menace est claire, mais les actes ne suivent pas. D'abord, c'est les Britanniques qui font défection, puisque Cameron est désavoué par son Parlement, qu'il ne l'autorise pas. à aller frapper Bachar Al-Assad. Barack Obama, qui traînait un peu des pieds, qui n'avait pas tellement envie d'ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient, a été déstabilisé par la défection de son allié britannique et au dernier moment, il a fait faux bon.
Et la France qui était prête à y aller se retrouve très dépitée et toute seule, mais ne peut pas y aller seule, en fait. Face à l'embarras des Nations Unies, Vladimir Poutine s'engouffre dans la brèche. Poutine voit la division. du camp occidental, son indécision, ses hésitations. Et donc il arrive avec un plan qui permet d'écarter les dernières velléités de guerre. Il vient de proposer une résolution qui doit être votée ce jour-là à l'ONU.
Si le régime syrien accepte de détruire son arsenal chimique, l'intervention militaire n'est plus nécessaire. Du coup, il monte au premier plan, là, les Russes. Et donc ils disent mais nous on peut trouver une solution pour les armes chimiques. Et donc les américains se précipitent sur cette sortie de crise. « Those in favor, please raise their hand. » La résolution proposée par la Russie est adoptée à l'unanimité. C'est un coup de maître.
On imaginait déjà que Bachar el-Assad allait partir. Et là, il n'en est plus question. Donc ça consolide Vladimir Poutine. Au niveau diplomatique, il a imposé sa solution. Il négocie des gals légals avec les Etats-Unis et en plus son poulain a repris du poil de la bête. Ce dossier syrien a permis à Poutine de s'imposer sur le plan international. Il a surtout compris qu'il n'y avait plus beaucoup de cohésion entre les pays occidentaux, une absence de leadership qui va lui permettre d'étendre son influence au-delà des frontières russes.
Il va leur pousser son avantage dans un pays de l'ex-Union soviétique, la nation la plus proche culturellement et économiquement de la Russie, l'Ukraine. En novembre 2013, des manifestations monstres éclatent à Kiev. Une grande partie de la population réclame la chute du président Yanukovych, trop proche de Moscou et pas assez européen. Yanukovych abdique, mais le pays se retrouve coupé en deux. Poutine profite alors de la crise pour réaliser un tour de force géopolitique jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ce jour de mars 2014, Vladimir Poutine s'affiche aux côtés de ses généraux lors d'un grand exercice militaire près de la frontière ukrainienne. En pleine crise, c'est une manière pour la Russie de montrer au monde qu'elle entend bien garder son influence sur les anciens pays du bloc soviétique. Pour Vladimir Poutine, l'enjeu est avant tout économique. Trois gazeaux d'Ukraine traversent l'Ukraine pour alimenter l'Europe.
Ils veulent aussi garder la main sur le bassin industriel du Donbass, riche en acier. Mais l'enjeu est également politique, car une partie de l'Ukraine préfère aujourd'hui se tourner vers l'Europe. Le pays est coupé en deux, entre une partie, celle qui est à l'est, donc la plus proche de la Russie, qui est plutôt pro-russe. et une partie, celle qui est près de la Pologne, qui est plutôt pro-occidentale. D'un côté donc, les Ukrainiens, proches de l'Europe, qui viennent de renverser le pouvoir lors de manifestations à Kiev, la capitale.
De l'autre, les populations pro-russes, qui refusent de reconnaître les nouvelles autorités du pays. Vladimir Poutine va profiter de cette discorde. Il a des discours de plus en plus durs et il promet à ce moment-là que la Russie ira secourir les minorités russes où qu'elles se trouvent. si elles sont menacées. La région qui stigmatise le plus cette contestation pro-russe, c'est la péninsule de Crimée au sud. Ses habitants sont majoritairement russophones.
Non seulement ils se revendiquent proches de Moscou, mais les Russes eux-mêmes ont toujours considéré que cette région leur appartenait. La Russie considère que la Crimée est russe et qu'elle a été donnée à tort à l'Ukraine. par Khrushchev et qu'elle a toujours été russe. C'est pas vrai, elle n'a pas toujours été russe. Les Ukrainiens et les Russes se battent là-dessus. Et Poutine va saisir la première occasion. Il attend la tenue d'un référendum proposé aux habitants de la Crimée.
Souhaite-t-il leur indépendance ? La réponse est connue d'avance. Le oui l'emporte avec plus de 95%. Deux jours plus tard, Vladimir Poutine propose à la Crimée d'être officiellement rattachée à la Russie. Cette histoire-là, je crois qu'en Occident, on la présente toujours comme si les Russes ont piqué l'armoire du voisin au moment où il y avait le feu dans sa maison. Mais en fait, la Crimée, ce n'est pas l'armoire. La Crimée, c'est deux millions de Russes qui voulaient. être en Russie.
La communauté internationale jugera cette annexion de la Crimée illégale. Mais qu'importe. Poutine savait depuis le départ que personne ne l'empêcherait d'agir. Il est désormais incontournable sur la scène internationale et une grande partie des Russes en sont très fiers. On peut parler du pouvoir de Poutine avant Et après l'annexion de la Crimée. Dans un manuel d'histoire, avant la Crimée, Poutine aurait eu droit à seulement 5 paragraphes.
Mais après l'annexion de la Crimée, il remplirait un chapitre entier. Les gens lui sont très reconnaissants de ce qu'il a fait. À présent, il est au firmament. Le parti de Vladimir Poutine vient une nouvelle fois de remporter les législatives. Les présidentielles auront lieu en 2018. S'il est réélu, il pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2024. Une longévité au Kremlin jamais vue depuis Staline. Il se prend pour Batman, il est le sauveur.
Nous en avons souvent parlé ensemble. Donc même en étant un politique malin, habile et manipulateur, il croit sincèrement à ce qu'il fait. Poutine va contre l'histoire. Il pousse le pays vers le passé. Je sais que l'histoire ne lui pardonnera jamais. Et que ça s'arrêtera un jour. Je ne sais pas si je vivrai assez longtemps pour voir ce jour, mais je l'espère. Je pense que sa plus grosse erreur est d'avoir décidé de rester au pouvoir pour toujours.
Une partie des gens considère qu'il en a encore pour de longues années. Et que seule la mort nous séparera. Mais moi... Je pense qu'il n'en a plus pour très longtemps. Je crois que la société, sur tous ces derniers temps, s'est mise en branle. Et je vois les signes d'un mouvement, et que ce mouvement va dans le sens d'un mécontentement grandissant. Mais pour asseoir encore un peu plus son pouvoir, Vladimir Poutine a peut-être trouvé un allié inattendu, chez l'éternel ennemi, aux États-Unis.
Le nouveau président Donald Trump, ne cache pas son admiration pour son homologue russe. Un nouveau monde se dessine, un monde dans lequel Vladimir Poutine se montre déjà incontournable.
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